Réussir les fusions et acquisitions d’entreprises : La méthode d’analyse des risques aux interfaces

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Selon de nombreuses études, plus d’une opération de fusion/acquisition sur deux se révèle être un échec sur le plan économique et/ou organisationnel (Cartwright & Cooper 1993 ; McKinsey 2000 ; Mercer Consulting 2001, 2003).

Ces opérations sont nécessaires pour additionner les chiffres d’affaires, les parts de marché, obtenir des technologies spécifiques ou s’ouvrir à d’autres marchés. Mais dans bien des cas elles se révèlent difficiles à mettre en œuvre et n’apportent pas tous les bénéfices attendus, voire même, elles engendrent des risques importants pour l’activité des deux sociétés.

Une méthode issue de la fusion de différentes disciplines permet d’identifier ces risques et de les hiérarchiser afin de pouvoir concentrer les efforts et les ressources sur les risques les plus significatifs, voire vitaux pour l’entreprise.

 

Rachat et fusion d’entreprise : Les interfaces à l’origine des principaux risques

L’origine des difficultés lors des fusions, provient souvent de l’énorme complexification que représentent ces opérations. En effet, on va multiplier le chiffre d’affaires, mais aussi le personnel, les sites industriels, les méthodologies, les produits… Pour réussir ces projets, on cite souvent la culture d’entreprise, le facteur humain ou l’intégration des systèmes d’information. Ceci est certainement vrai, mais un élément essentiel est l’analyse des nombreux points d’interfaces qui vont être créés et des risques qui en découlent. Et c’est en rapport de ces risques qui auront été identifiés comme significatifs que les solutions pourront être recherchées au niveau de l’humain, des systèmes d’informations, des produits ou des méthodes.

Après une acquisition ou une fusion, les interfaces créées sont multiples. Une interface se caractérise par un flux reliant une société à l’autre. Flux unidirectionnel ou à double sens. Ce flux peut être composé d’informations, de matériels, de matières premières, de produits finis, de savoir, de savoir-faire, de méthodologies… Tous ces éléments sont essentiels pour le bon fonctionnement des entreprises et une fragilisation voire une rupture de l’un des flux pourrait avoir des conséquences majeures.

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L’analyse des risques aux interfaces : une méthode pluridisciplinaire

Née d’un besoin réel lors d’une opération de rachat d’entreprise en 2009 alors que j’étais responsable QSE, « l’analyse des risques aux interfaces » est une méthode basée sur des principes faisant appel à la qualité et à la sécurité, le tout adapté à la stratégie d’entreprise.

À l’origine ce sont les normes qualité qui ont identifié les interfaces (entre les services dans une même société) comme la principale source de risques qualité. Ceci notamment avec l’approche processus introduite par la version 2000 de l’ISO9001, puis avec l’approche risque qui est développée dans la version 2015 à paraître.

Par ailleurs, le domaine de la sécurité est depuis longtemps basé sur une évaluation objective des risques : cotation et hiérarchisation afin de coordonner les efforts et les ressources sur les risques objectivement les plus importants. Ceci s’est fortement développé en France depuis l’obligation de la mise en place d’un document unique d’évaluation des risques professionnels (2001). Il existe actuellement de nombreuses grilles de cotation des risques professionnels adaptées aux différentes entreprises.

La méthode présentée consiste à unifier ces différents domaines et à l’utiliser dans le cadre des acquisitions fusions.

 

La méthodologie en pratique

Une analyse des risques aux interfaces se déroule de la façon suivante :

  • Premièrement une analyse exhaustive de toutes les interfaces doit être réalisée. C’est une étape complexe et assez longue si elle est bien menée, mais c’est cette étape qui déterminera la cohérence de l’ensemble de l’étude. Le but est d’identifier tous les flux transitant par ces interfaces. Ces flux peuvent être d’ordre matériel (matières premières, produits finis, machines, outillages,…), ou immatériel (savoir, compétence, informations, méthodologie,…) ou humain.
  • Ensuite, le risque lié à chaque flux est évalué selon une grille de cotation spécifique. Cette grille est adaptée à la cotation des risques pour l’entreprise et comprends plusieurs critères :
    • Fréquence du flux
    • Gravité des conséquences en cas de rupture du flux ou de flux corrompu
    • Occurrence
    • Niveau de maitrise du flux

Des critères supplémentaires peuvent être ajoutés en fonction de l’entreprise et du niveau de précision souhaité.

  • À l’issue de cette analyse, l’entreprise se trouve en possession d’une hiérarchisation des risques qui vont peser sur son activité. Ceci peut aller du simple dysfonctionnement à des risques pouvant mettre en jeux la santé générale de l’entreprise.

 

Une méthode au-delà du théorique ?

De nombreuses méthodes issues de la qualité sont trop déconnectées du terrain et apportent peu sur le plan pratique. L’intégration d’une méthodologie issue du domaine de la sécurité beaucoup plus terre à terre permet de ne pas perdre les objectifs initiaux de vue.

Cette méthode a été développée sur le terrain dans l’année qui a suivi un rachat d’entreprise.

Dans ces situations où de nombreuses interfaces se créées entre les 2 sociétés, il va forcément se produire les deux phénomènes extrêmes suivants :

  • Certaines personnes vont remonter le moindre petit « problème » au management ou à la direction, car lorsque l’on change les habitudes il en découle un certain inconfort.
  • D’autres personnes au contraire vont partir sur le principe du « puisque on a été racheté c’est l’autre société qui commande » et ne vont remonter aucun problème même si le risque est important.

La méthode d’analyse des risques aux interfaces permet de mettre les moyens et d’agir sur les points réellement importants et de ne pas les oublier au détriment d’autres points remontés par des personnes dont « la voix porte plus ».

 

Une acquisition/fusion sans risques ?

Claude Bébéar écrit dans « Mégafusions : les lendemains de la bataille boursière »(Ecole de Paris du Management, 2001, http://www.ecole.org) :

« Le rapprochement de deux entreprises est toujours risqué, mais un risque encore plus grand peut résider dans le fait de rester seul et de disparaître parce que l’on ne peut plus faire face au marché. Il existe donc des risques qu’il faut absolument prendre. »

En effet le risque fait partie intégrante de l’entrepreneuriat et les opérations de fusion ne font pas exception à la règle. Cependant l’intérêt de la méthode est de pouvoir identifier objectivement ces risques afin que les dirigeants puissent décider en toute connaissance de cause :

  • Si ces différents risques sont acceptables pour son entreprise ou pas.
  • Les ressources à attribuer à chaque risque qu’il jugera inacceptable en l’état afin de les maîtriser.

Le but de cet outil n’est donc pas ni du supprimer tous les risques relatifs à ces opérations complexes, ni de prendre des décisions à la place du dirigeant. Le but est au contraire d’obtenir des informations objectives et les plus exhaustives possible afin que la direction puisse agir en amont des problèmes qui pourraient se présenter.

En tant que dirigeant lors d’une opération de fusion/acquisition, la question que vous vous devez de vous poser est : « Est-ce que j’ai identifié une rupture de flux entre les deux sociétés qui, si elle se produisait, mettrait en danger la santé de l’entreprise ? » Si la réponse est oui, il est fort probable qu’il y ait d’autres situations similaires et une analyse exhaustive permettrait de prioriser les actions et d’attribuer les ressources nécessaires à la maitrise de ces risques.

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About Author

Gabriel Lorenzati

Chimiste de formation, j'ai été responsable QSE durant 11 ans dans une industrie chimique, principal fabricant français de peintures à marques de distributeurs. En 2015, certifié auditeur ICA, je lance une activité d’audit et de conseil sous le nom de Bel Air Conseil. Auditeur sous-traitant pour les certifications ISO 9001, je réalise aussi des opérations de conseil surtout en industrie dans les domaines qualité, sécurité, environnement et management avec pour maîtres mots : Efficacité liée au terrain.

Un commentaire

  1. A propos de nous les marocains on trouve des difficultés pour être un entrepreneur avec un coup de baguette il faut qu’on passera plusieurs étapes et des difficultés et surtout au coté juridique .

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